Livres et films

02 juillet 2008

Appel à témoin

Juste un petit article aujourd’hui pour relayer un appel à témoin de Catherine Piraud-Rouet, journaliste chez Parents, et auteure du livre « Planète Maternage » (livre dont j’avais parlé dans un précédent article.)

Catherine prépare un sujet sur les nouveaux réseaux de solidarité entre jeunes parents, notamment nés à la faveur d’Internet. Ce sujet n’est pas limité aux réseaux autour du maternage et de l’allaitement : il peut s’agir d’un réseau de soutien entre mamans expatriées, entre papas au foyer, entre parents de familles nombreuses, etc.

Voici son appel :

"Bonjour, 
Journaliste pour le magazine Parents, je prépare actuellement un sujet sur les nouveaux réseaux de solidarités entre jeunes parents, notamment nés à la faveur d'Internet.   
Vous faites partie d'une association de parentalité et/ou d'un groupe de rencontre autour d'un ou plusieurs des thèmes suivants : allaitement, massage bébé, portage, cuisine, couture ou tout simplement "papote" ? Je suis intéressée par le fait de recueillir votre témoignage pour savoir comment s'est passée cette découverte de réseaux divers (Internet, bouche à oreille, etc.) et ce que ces rencontres entre parents vous apportent. Et ce, que vous soyez organisatrice de ces rencontres ou simplement "utilisatrice".   
Je suis joignable sur mon mail perso :
catherine@pirouettes.eu 
Merci d'avance à toutes et à très bientôt ! 
Catherine
"

N’hésitez pas à la contacter avec votre témoignage.  Merci !

21 mars 2008

Allaiter armée - la suite

Il y a quelques semaines j’ai parlé sur ce blog de l’affiche du film « J’ai toujours rêvé d’être un gangster. »  Cette affiche a généré beaucoup de commentaires de votre part – on sent qu’une corde sensible a été touchée.

Dans l’Express de cette semaine (du 20 au 26 mars 2008), la rubrique « Styles » inclut un long interview de l’actrice du film, la resplendissante Anna Mouglalis.  Elle confirme que c’est bien elle photographiée sur l’affiche.  Alors bravo Anna!  D’être à la fois la Allaiter_armee glamourissime muse de Karl Lagerfeld, et de poser seins nus en allaitant sa fille --- cela vous dépoussière drôlement l’image de l’allaitement maternel.   Mon seul regret est que cette affiche ne soit pas au goût de tout le monde comme en témoigne Anna Mouglalis :

Question du journaliste : Que pensez-vous de ce début de polémique autour de l’affiche du film ?
Réponse d’Anna Mouglalis : "L’image est très pudique : j’ai les cheveux sur le visage, j’allaite notre petite fille (Saül), le flingue dans le jean est un jouet.  C’est une photo très moderne et à la fois elle représente « la  Mère à l’Enfant ».  C’est libre, pudique, ludique et malgré tout je me suis fait agresser verbalement.  On m’a posé des mots d’insulte sur mon scooter.  Aujourd’hui, la pensée n’est pas très libre. "

Incroyable non ?

Pour lire l'entretien complet, cliquez ici.

Et pour en savoir un peu plus sur cette actrice hors du commun, voici un beau portrait publié dans Télérama début janvier 2008 : http://www.telerama.fr/scenes/24176-mouglalis_en_femme_factice.php

15 février 2008

Livre « Planète Maternage »

Planete_maternage Sur le thème des évolutions culturelles de la puériculture, je viens de terminer un  livre très intéressant:  « Planète Maternage » de Catherine Piraud-Rouet, paru en janvier aux Editions Marabout.

Dans ce livre l’auteur explique en détail les  tendances actuelles dans la sphère du "maternage " (de l’allaitement au cododo en passant par le débat autour de la vaccination obligatoire, l’école à la maison, etc.) 

L’approche de ce livre est particulièrement utile car l’auteur explique d’où viennent ces différentes tendances, en montrant les avantages mais aussi les limites potentielles à travers des témoignages de professionnels de la santé, ou des témoignages de mamans. 

C’est un bon livre, soit pour celles qui se posent la question de suivre certaines de ces pratiques (et veulent les comprendre d’abord sans à priori idéologique), soit pour une personne faisant partie de l’entourage d’une  maman ayant fait ces choix et qui se demande (par exemple) pourquoi grands dieux une jeune femme moderne fait le choix des couches lavables !

J'ai été impressionnée par l'ampleur du travail de recherche, de documentation, et de synthèse réalisé par Catherine Piraud-Jouet dans ce livre: n'oubliant aucune tendance importante, indiquant ses sources, incluant  des témoignages fouillés, très au fait des dernières informations médicales, etc.  Bref du journalisme sérieux sur des tendances importantes et finalement peu approfondies dans la presse parentale classique.

Et pour "rencontrer" l'auteur, vous pouvez vous rendre sur le site du magazine Parents qui propose une petite interview filmée de  Catherine Piraud-Jouet (une fois sur le site, cliquez sur l'onglet "actus")

Entretien_avec_lauteure_de_planet_3

05 février 2008

Emission Allô Docteur sur l'allaitement - pas mal!

Allo_docteur_image_v2 En général, les émissions de télévision sur l’allaitement m’exaspèrent ou me déçoivent car elles sont souvent superficielles et remplies de poncifs, alors pour une fois qu’une d’entre elles élève le débat, je lui fais un peu de publicité.
Il s’agit de l’émission Allô Docteur du lundi 4 février consacrée à l’allaitement :

http://www.france5.fr/allo-docteurs/index-fr.php?page=emissions&id_article=150#

Pourquoi j’ai trouvé cette émission bien faite:

  • Les journalistes ont interviewé deux personnes extrêment qualifiées : le docteur Camille Schelstraete, médeçin généraliste et consultante en lactation, et le docteur Marie Thirion, pédiatre et auteur du livre de référence sur le sujet (ainsi que le référent scientifique du site SanteAllaitementMaternel.com et la fondatrice du Diplôme Universitaire en Lactation de l'Université de Grenoble).  Pas de psychiatre étalant des théories dépassées, on était dans l’information médicale objective et documentée, mais présentée sur un ton chaleureux, respectueux des différences, et très humain.
  • Les journalistes ont posé les habituelles questions (un peu bateau à mon goût), mais ont laissé la parole aux experts et surtout leur ont permis de rentrer dans le détail.  On est loin de certaines émissions parentales où l’expérience personnelle des l’animateurs colore tout le débat.
  • Les deux experts sont bien parvenues à démolir les clichés habituels autour de l’allaitement maternel : non ce n’est pas sexuel, non les pères ne sont pas forcément frustrés de ne pas donner le biberon, oui on peut reprendre le travail, etc.  Elles ont aussi proposé une vue assez candide des choses : oui on peut avoir des crevasses, oui cela peut faire mal.  J’ai vraiment apprécié cet aspect objectif car parfois, à trop vouloir convaincre les femmes d’allaiter, on omet de leur parler des mauvais côtés de l'allaitement– ce qui ne rend ces mauvais côtés que plus désagréables car elles ne s’y sont pas préparées...
  • Le message que chaque maman et chaque bébé sont uniques a été dit, dit, et redit.  Et dans notre culture, éprise de règles, de marches à suivre, et de modes d’emploi, cela fait du bien de l’entendre.
  • La maman allaitante interviewée était « normale », pas une caricature, et sa simplicité, son charme, et son discours tout simple en faveur de l’allaitement étaient rafraîchissants.
  • Le segment sur la réunion de La Leche League a aussi évité les clichés habituels : deux des mamans présentes y ont parlé de reprise du travail compatible avec l’allaitement (l’une parlant d’un bon accueil de son entreprise lorsqu’elle a demandé à pouvoir tirer son lait), ce qui est contraire à la caricature fréquente (et peu justifiée) de l’association La Leche League comme étant une association qui pousse les femmes à rester à la maison.

Ce que j’ai moins aimé :

  • Dans le petit documentaire introduisant le sujet, la journaliste (voix off) assène cliché après cliché. Heureusement ceux-ci seront démolis pendant l’émission mais j’ai trouvé cela dommage.  Elle parle de l’allaitement comme étant très contraignant  (parce que se lever la nuit pour chauffer des biberons, bien sûr ce n’est pas contraignant), dit qu’il faut arrêter d’allaiter avec la reprise du travail ( !) , parle de la nécessité de la maman d’être « totalement disponible ».  Visiblement elle n’a jamais entendu parler de tire-lait.  Bref, les idées préconçues habituelles.  Cela ne vaut même pas la peine de s’énerver.
  • Dans les 10 dernières secondes de l’émission a été abordé trop vite un sujet très important qui aurait mérité d’être beaucoup mieux couvert : le journaliste a transmis une question d’une auditrice qui demandait pourquoi, après avoir allaité trois enfants, elle avait perdu tout le volume de ses seins.  Le Docteur Marie Thirion a rapidement répondu qu’effectivement le sein contenait des tissus graisseux et que ceux-ci étaient utilisés pour la production lactée, donc diminuaient de volume avec l’allaitement.  Malheureusement elle a dû s’arrêter là, par manque de temps, sur une conclusion assez terrorisante pour toute maman un peu attachée à sa poitrine et qui se pose la question de l’allaitement.  Elle n’a pas eu le temps de parler du fait que la graisse se reconstitue, et que c’est souvent la grossesse elle-même, et non pas l’allaitement, qui produit ces changements, etc.  Elle n’a pas non plus eu le temps de citer une étude récente sur le sujet réalisée par des chirurgiens plastiques et dont les conclusions sont plutôt optimistes sur le sujet (étude dont je parlerai dans un prochain article.)

Au final, une très bonne émission, pleine d’info utiles et laissant de côté les polémiques qui ne mènent à rien,  donc si vous-mêmes vous posez des questions sur l’allaitement, ou surtout, si vous avez pris la décision d’allaiter et que votre entourage vous pose plein de questions, faites-leur visionner l’émission.  Je ne sais pas combien de temps la vidéo restera sur le site. Ils ont encore en ligne les émissions de novembre, donc avec un peu de chance celle-ci sera disponible pendant un moment.

Si vous avez vu l'émission, je vous invite à partager vos commentaires ci-dessous.  Il suffit de cliquer sur le lien "commentaires".  Qu' avez-vous pensé de cette émission?

14 janvier 2008

Les images d'allaitement: pour changer des madones...


Changer l’image de l’allaitement maternel et la moderniser est quelque chose qui nous tient à cœur chez mamaNANA.  Nous le faisons à notre petite échelle avec les images que nous développons pour nos catalogues, nos brochures, et nos affiches, ainsi qu'avec l'organisation de notre concours de photo d’allaitement, etc.  Mais dans ce domaine de l’image, si personnel et subjectif, les artistes ont aussi leur mot à dire.  Au cours des deux dernières années,  j’ai été contactée par des artistes peintres et des photographes, qui créent sur le thème de la maternité en général, et de l’allaitement en particulier, des œuvres d’art intéressantes, belles, fortes, parfois provocantes. 

Mon rêve serait de créer une anthologie moderne des images sur ce thème et d’éditer un beau livre d’art, ou de mettre en place une exposition groupée dans une galerie – mais hélàs le temps (et les compétences) me manquent pour organiser un tel projet (cependant, si c’est dans votre domaine, n’hésitez pas !)

Donc en attendant que ce rêve se réalise, voici une petite galerie virtuelle des artistes dont les œuvres m’ont parues particulièrement intéressantes.  Nombreux sont ceux qui réalisent des travaux sur commande (portraits, etc.)  Pour ceux qui ont les moyens (ce n’est jamais donné), ce sont des cadeaux de naissance originaux et qui durent réellement toute la vie.  Et un professionnel parvient souvent bien mieux qu’un photographe amateur à retranscrire l’émotion et la beauté de ces moments si délicats et fugaces.

Cette sélection est loin d’être exhaustive, donc si vous-même connaissez un ou une artiste faisant un travail novateur dans ce domaine, n’hésitez pas à rajouter un nom, un contact, un lien vers un site web. 

Bonne visite !

Corinne_ko_allaitement_2 Corinne Ko : une artiste peintre dont j’adore les oeuvres.  Un travail très personnel des couleurs, des contrastes et du rendu des silhouettes. J’aime aussi la justesse des moments représentés et la douceur sans mièvrerie qui se dégage de ces tableaux.   Les visages de ces femmes et enfants restent toujours un peu flous : chacune peut s’imaginer comme étant celle représentée sur le tableau (couleur de peau mise à part), et cela rend ces œuvres réellement universelles. http://kocreations.canalblog.com/

Romeo4Véronique Verdier: De très beaux portraits, principalement en noir et blanc.  Des photos presques tactiles sur lesquelles le grain de la peau apparaît.  Véronique Verdier travaille également sur commande. http://www.neufmoisenimages.fr/

Thierry Marius: un travail très complet allant des portraits de femmes enceintes à des superbes photos de naissance,  de nouveau-né et d’allaitement.  Voici un montage qui vous donnera une idée de l’ensemble de son œuvre :
Une sensibilité plus masculine peut-être (c’est très personnel mais les portraits de femmes enceintes nues font appel à un certain éroticisme) qui plaira à certaines et à certains.  J’adore les portraits de bébé cadrés de très près où on voit juste la courbure des cils, le modelé d’un nez.  Les photos d’allaitement sont superbes également : http://web.mac.com/atmab/ThierryMariusPhotographies/Allaitement.html
Thierry Marius m’a demandé de transmettre l’appel suivant : « je suis à la recherche de futures mamans pour des photos d’accouchements et d'AAD ou dans l'eau dans la région ( autour de Chartres) afin de compléter ce travail, car il y a très peu de belles photos sur ce sujet et je pense qu'il y a moyen de rendre toute l'émotion et la beauté de ce moment unique et très fugace. »  Celles qui sont intéressées peuvent le contacter par l’intermédiaire de son site.

Le site Maternage propose une galerie de belles photos d’allaitement en noir et blanc.  C’est un site très utile par ailleurs avec beaucoup d’informations sur l’allaitement (études, conseils, et même un peu d’humour): http://maternage.free.fr/expo.htm  Emmanuelle, la photographe, a consacré soon Le_regard sujet aux bambins au sein.  Voici ce qu'elle nous a dit de sa démarche:

" « Bambin » est le terme généralement employé pour désigner un jeune enfant capable de se mouvoir par ses propres moyens.  Cette série photographique présente donc des bambins qui ne sont pas sevrés et trouvent toujours nourriture, réconfort et repos au sein de leur mère. Le plus jeune a 10 mois, la plus âgée 4 ans et ½.  La vocation de cette série est de révéler au public, la persistance, certes rare, mais néanmoins réelle, de cet acte de maternage qu’est l’allaitement au long cours. Tout au long de l’humanité, dans de nombreuses cultures, les enfants avaient accès au sein (maternel ou d’une autre femme) deux années environ, parfois plus. Mais aujourd’hui, dans la culture occidentale moderne, cette pratique est reléguée aux oubliettes médiatiques et jetée aux orties par le courant « psy » majoritaire [..] Pour aboutir à cette série, j’ai parcouru le pays pendant toute une année, à la rencontre de familles qui m’ont accueillie chez elles, quelques heures ou quelques jours."Pour en savoir plus sur ce projet et obtenir ses coordonnées, cliquez ici. Téléchargement les_bambins_et_le_sein.doc

Corinne D'Anastasi réalise elle des sculptures.  Jusqu’ici c’est la seule sculptrice contemporaine que Corinnejan_20102_2 je connaisse à avoir travaillé sur le thème de l’allaitement.
J’aime beaucoup cette coupe en terre cuite (voir photo jointe) : on voit souvent des portraits de mères allaitantes seule, et j’adore le fait que le père soit là représenté, jouant avec un autre enfant. Une réalisation très poétique.   Pour plus d'information sur son oeuvre: http://www.amphione.be/

Natasha Coudrier propose une galerie de photos allant des moments de la grossesse aux portraits d’enfants. Une jolie idée (pour ceux qui seraient prêts à accueillir un photographe dans un moment aussi intime) est celle du reportage de naissance…  C’est la première fois que je vois des photos de nourrissons à la naissance où le bébé n’a pas l’air d’un extra-terrestre !  Une belle sensibilité. http://www.neonatstudio.be/ 

Anikgingras_0012b Anick Gingras: une belle galerie de photos d’allaitement.  Cette photographe réalise également des portraits sur mesure. http://www.niko-photographie.com/mater_01_allait.php

Susanne Klein, dont j’ai déjà parlé dans une note précédente, réalise un très belle œuvre autour de l’allaitement et de la maternité.  Elle continue sur ce thème avec un projet sur le portage dont j’ai hâte de voir les résultats. http://www.susanneklein-portfolio.com/ 

04 novembre 2007

Le Premier Cri – la polémique en direct sur Revu et Corrigé

C’est toujours intéressant de lire les critiques après avoir vu un film et s’être formé sa propre opinion.  Dans le cas du Premier Cri, film de Gilles de Maistre dont j’ai parlé dans mon post précédent, c’est plus qu’intéressant, c’est stupéfiant.  Stupéfiant car j’ai l’impression en les lisant que ces journalistes n’ont pas vu le même film que moi !  Leur lecture du film ne correspond pas du tout, mais pas du tout, à la lecture que j’en ai faite. Et leur analyse du message du film me semble caricaturer, contredire, ou dénaturer  le message que le réalisateur a voulu faire passer.

Et je ne suis pas la seule à le penser : d’où une prise de bec virulente entre la rédactrice en chef de Elle, Isabelle Maury, et le réalisateur Gilles de Maistre sur le plateau de l’émission Revu et Corrigé du samedi 3 novembre. J’ai eu la grande chance de participer à cette émission et même d’y intervenir (en direct si si).

Pour ceux et celles qui n’ont pas vu l’article en question dans Elle, voici un petit extrait.  J’ai noté le passage qui me parait le plus en décalage avec le message du film :
« Le nôtre de cri a été celui de la colère en sortant de la projection de ce film esthétique, débordant de belles images, qui ignore à l’écran la réalité des chiffres de la mortalité néonatale et maternelle… » et « Mais plus grave encore est le témoignage militant d’une jeune Québécoise qui veut accoucher dans sa communauté de babas altermondialistes, naturellement, en refusant toute aide médicale, même lorsque sa vie est en danger.  Quel message le réalisateur veut-il nous faire passer? »

Et c’est là que l’article de Elle est de très mauvaise foi car justement le message du réalisateur n’est pas un message en faveur d’un accouchement non médicalisé.  Il ne fait pas l’apologie de cette naissance « naturelle. »  Bien au contraire, il montre la longueur de l’accouchement,  l’angoisse de la mère québécoise et de son entourage lorsque le placenta n’est toujours pas sorti (au bout de plusieurs heures !)  S’il avait voulu faire un film de propagande en faveur des naissances « 100% naturelles » il n’aurait pas montré cela.  Il n’aurait pas montré non plus la naissance du bébé mort-né de la jeune touareg.

Et c’est ce qui m’étonne le plus dans la polémique sur ce film : c’est que ses détracteurs présentent ce film comme un panégyrique des accouchements non médicalisés.  Alors que ce n’est pas du tout la réalité montrée dans le film :
En effet, sur 11 accouchements filmés:
- Trois se déroulent dans un milieu hospitalier « classique. »
- Quatre ont lieu dans d'autres endroits, avec l’intervention d’une sage-femme (au minimum) et dans plusieurs cas d’un médecin et d’un pédiatre.  Il y a un doute sur la formation de la sage-femme indienne cependant, qui est décrite comme sage-femme mais assiste la jeune femme dans un bidonville.

- Et seulement quatre naissances ont lieu à domicile sans aucune assistance médicale (Etats-Unis, tribu amazonienne, tribu touareg, tribu Masai).

Sachant que 80% des accouchements au monde ont lieu à domicile (avec assistance ou non), le réalisateur était en deçà de la réalité.

De plus ces naissances hors milieu hospitalier ne sont pas idéalisées.  Même si ce n’est pas dit textuellement, en tant que spectateur, on voit bien les risques : on voit bien que la jeune femme indienne accouche dans un bidonville, on pense aux microbes et aux germes qui rôdent, on voit bien le manque de précautions élémentaires d’hygiène….On entend la jeune femme amazonienne pleurer de douleur… On sent l’angoisse de la jeune touareg….

L’article d’Isabelle Régnier dans Le Monde du 30 octobre est tout aussi critique : « Par ailleurs, la majorité des accouchements se passent hors du milieu hospitalier.  Malgré une petite concession accordée sur les bienfaits de l’obstétrique, l’hôpital figure ici comme une représentation possible de l’enfer. »
Vraiment étonnant de lire cela.  C’est comme si le simple fait de montrer des accouchements hors du milieu hospitalier équivalait à en faire l’apologie. Comme si montrer, c’était nécessairement défendre.  Quant à l’hôpital comme représentation de l’enfer, elle fait allusion à la maternité du Viet-Nam, celle qui ressemble à un hall de gare.  Oui cela ne fait pas envie, mais on sait bien en regardant le film que c’est un extrême, et que c’est ce que le réalisateur veut montrer.  A preuve, le film termine sur l’accouchement de la jeune femme française à la maternité du CHI de Poissy, accouchement qui se déroule de façon intime, avec une sage-femme souriante et chaleureuse, un mari entourant sa femme de ses bras, etc.  Au final une image plutôt positive d’une naissance en milieu hospitalier.

Alors quel est le message du film ?  J’en ai vraiment retenu deux :
- l’immense inégalité au niveau des naissances : entre celles qui peuvent « mettre en scène » leur accouchement, et celle qui n’ont que le choix de prier pour que cela se passe bien.
- Et la magie, quelque soit l’environnement, de cette première rencontre entre une maman, son bébé, et le papa de son bébé.  L’importance et la beauté de ces premières caresses, ces premiers baisers, cette première tétée.

Pourquoi est-ce que le message du film est ainsi tronqué par la critique ?  Pourquoi tant de haine (comme le demandait une téléspectatrice de l'émission Revu et Corrigé)?
Je me suis vraiment posé la question en lisant la presse et je crois qu’on en revient au fait que le film n’est pas un documentaire au sens classique du terme : c'est-à-dire que le réalisateur n’offre pas de préambule, il n’insère pas ses propres commentaires dans la narration, il laisse la maman et la naissance au centre du film…. Ce qui en fait une superbe œuvre d’art  MAIS ce qui rend cette œuvre extrêmement vulnérable.  Vulnérable car, comme Gilles de Maistre n’explicite pas ses intentions avec des mots, des chiffres, des graphes, chacun peut interpréter le film en fonction de son expérience personnelle, et plaquer un message extérieur sur celui du réalisateur : par exemple certains l’ont donc interprété comme une ode à l’accouchement naturel, d’autres comme une critique du milieu hospitalier, d'autres encore ont trouvé que c'était de la propagande pour des naissances "new age", ainsi de suite...

Vulnérable aussi car comme le déroulement des accouchements n'est pas décrit en détail d'un point de vue médical (voir mon post précédent), certaines questions restent en suspens, et peuvent induire à la critique négative:  c'est le cas de la critique de Elle qui accuse à tort le réalisateur d'avoir laissé la jeune femme touareg souffrir sans l'aider, alors qu'en réalité, c'est le réalisateur lui-même et son équipe, aidés au téléphone par les sages-femmes de l'hôpital Robert Debré, qui lui ont sauvé la vie.  Mais comme ceci n'est pas dit dans le film, à moins de poser la question au réalisateur, on ne le sait pas...

Alors que faire? Rajouter un préambule ? Rajouter une conclusion ? Rajouter des descriptifs sur les accouchements? Expliciter pour ne pas être mal lu ou mal compris – au risque de résonner de façon scolaire ou dogmatique? Ou bien faire confiance au public pour comprendre et saisir le message profond du film ?  Une question difficile à résoudre pour un réalisateur, mais sur laquelle Gilles de Maistre devra se pencher s’il veut faire en sorte que son prochain film (sur la mort) soit mieux compris et accepté par la critique…

30 octobre 2007

Le Premier Cri

Ce film ne sort en salle que le 31 octobre, mais j’ai eu la chance de pouvoir assister à l’avant-première du film le 29 octobre à Poissy (une des scènes de naissance a été filmée à la maternité du Centre Hospitalier de Poissy d’où le choix de ce lieu pour une des avant-premières).


Voici donc mes impressions .  Il y a beaucoup à dire sur le film lui-même et sur le sujet abordé mais je vais essayer d’être succinte (ah ah ah). Lepremiercri

Je dois avouer que je suis allée voir ce film un peu à reculons, et ce n’est que parce que mon cher et tendre époux tenait absolument à y aller que je me suis décidée.  Je suis enceinte de 19 semaines et que l’idée d’assister à une ribambelle d’accouchements (certains finissant mal) ne m’enchantait pas trop.  Je garde un souvenir horrifié des vidéos d’accouchement proposées lors d’un cours de préparation à la naissance. [Ces vidéos-là sont celles qu’on devrait montrer aux adolescents un peu trop précoces sexuellement, l'effet « contraceptif » de ce genre de vidéo étant souverain – mais c’est un autre sujet]

De plus, ceci est ma troisième grossesse et j’ai remarqué que d’une naissance à l’autre une certaine amnésie se met en place (c’est ce qui permet je crois la survie de l’espèce).  Ayant donc oublié une bonne partie de mon dernier accouchement (ma plus jeune fille a 4 ans et demi) je n’avais pas trop envie d’être plongée, plus vite que nécessaire, dans le vif du sujet.


Au final mes réservations étaient sans fondement. J’ai adoré ce film et ne me suis cachée la tête dans les mains qu’une fois (scène de la césarienne).  Même une femme enceinte de nature anxieuse, ou qui prépare son premier accouchement peut, je crois, aller voir ce film sans avoir des cauchemars plus tard.  Pourquoi ?  Tout simplement parce que ce film n’est pas un documentaire (même si il est présenté comme cela dans la presse) mais plutôt une fiction.  On n’y voit pas la façon dont un accouchement se déroule d’un point de vue médical ou gynécologique. Toutes les scènes, même l’expulsion du bébé, sont filmées avec une grande pudeur, avec des jeux de clair obscur, de profil, etc.  De plus les sons et bruits divers sont atténués par un superbe accompagnement musical ainsi que les paroles des différentes narratrices.  C’est un film qui est beaucoup plus dans l’humain et les sentiments (main d’un père sur la nuque de sa femme, baiser d’une maman à son nouveau-né) que dans l’observation scientifique.   Je ne veux pas dire qu’il soit édulcoré, mais simplement qu’il est plein de pudeur, de poésie, et d’émotion.


Il est toujours difficile de décrire une belle œuvre d’art, et je ne me sens pas capable de le faire.  Sachez seulement que la beauté des images, le rythme donné au film par un montage très subtil (il ne s’agit pas d’un catalogue), et l’immense tact du réalisateur, en font un film qui vous restera en mémoire longtemps.


Le fait que ce film ne soit pas un documentaire en fait sa force, mais aussi une des ses limitations.  En regardant le film, on situe les femmes par les images (différentes couleurs de peau, pays, cultures), mais la narration est dans la plupart des cas faite par les participantes eux-mêmes, pas par un narrateur externe (comme dans un documentaire genre film animalier). Cela fonctionne très bien.  En tant que spectateur vous comprenez tout ou quasiment tout ce qui se passe.   Cependant l’absence de commentaires réellement descriptifs donne vraiment envie d’en savoir plus.  A la fin du film nous avions tous beaucoup de questions sur les femmes et familles filmées.   Gilles de Maistre, le réalisateur, a eu l’extrême gentillesse de rester une heure avec le public présent pour répondre à de nombreuses questions. J’espère que lorsque le DVD sortira celui-ci inclura un entretien approfondi avec le réalisateur, car la session de questions réponses était passionnante, et complétait réellement le film.


Par exemple, une des naissances les plus « tentantes » à mon sens, était celle d’une maman mexicaine accouchant dans une piscine entourée de dauphins (les ultrasons du sonar du dauphin aidant le bébé à venir au monde.) Dans le film, ce genre de naissance parait idyllique, mais en réalité ce n’est pas le cas : Gilles de Maistre a précisé lors de son intervention que c’était plutôt réservé à des femmes sportives, car il faut « tenir » dans une piscine, environnée de dauphins pendant tout le temps du travail et de l’accouchement, environ 15 heures dans le cas d’une des femmes filmées…Donc idyllique peut-être, mais pas pour toutes !


Chacune et chacun en voyant ce film réagira de façon personnelle au différents portraits de femmes (ou portraits de naissance)  proposés.  Un portrait qui je pense va en interpeller beaucoup est celui de la jeune femme québécoise accouchant aux Etats-Unis à domicile de son premier enfant, entourée de son mari et d’un petit groupe d’amis, mais sans aucune assistance médicale. Pas de sage-femme, pas de médecin. Pas d’assistance de maman expérimentée, ou de doula. Comme elle le dit dans le film, elle est partisane d’une « naissance libre » et avait pleine confiance dans la capacité de son corps à donner la vie sans aucune aide.   La juxtaposition entre une femme du Niger accouchant sur le sable d’un bébé mort né faute de soins médicaux, et cette occidentale refusant tout soin médical pour accoucher, est extrêmement frappante.


Le public était en grande partie composé de professionnels de la santé, dont de nombreuses sages-femmes, et le portrait de la femme québécoise a suscité beaucoup d’interrogations.  J’ai demandé à Gilles de Maistre si cette femme avait au moins eu un suivi de grossesse, et il m’a répondu que non.   Elle n’avait donc eu aucun examen prénatal… Dans le film elle dit qu’elle est consciente des risques, qu’elle sait que la mort peut faire partir de l’aventure, mais elle ne précise pas la mort de qui : la mort du bébé ? La sienne ? Jusqu’où aurait-elle poussé la logique en cas d’hémorragie interne par exemple ou autre problème grave ? Autant je comprends la démarche des femmes qui accouchent à domicile avec l’aide d’une sage-femme, autant la démarche de cette femme m’a paru terrifiante… Vous aurez certainement bien des commentaires sur ce sujet…


Une dernière petite chose qui m’a beaucoup touchée est qu’on ne voit pas un seul biberon dans ce film.  La plupart des mamans filmées mettent leur bébé rapidement au sein, d’autres un peu plus tard.  J’ai trouvé cela rafraîchissant dans la mesure où, en général, dès qu’on montre des bébés en Occident du moins, on a des biberons pas loin.  Alors un film qui montre des douzaines de bébés et pas de biberon, cela détonne : même dans la maternité du Vietnam, celle où on fait 45,000 naissances (oui 45,000 naissances) par an et où les salles d’accouchement et la nursery ressemblent à des halls de gare, je n’ai aperçu aucun biberon…


En conclusion, un très beau film, qui ravira un public assez large, y compris et surtout les âmes sensibles (et même les maris qui n’aiment pas trop les histoires d’accouchement…)

P.S. Pour la petite histoire, quelqu’un a demandé à partir de quel âge ce film était recommandé.  Gilles de Maistre a répondu qu’il l’avait réalisé en pensant à son fils âgé de 10 ans.  Je suis d’accord avec lui.  Cela me parait comme étant le bon âge minimum, mais c’est une affaire très personnelle bien sûr.

Pour plus d’information (y compris des extraits, des photos, etc) , voir le site officiel du film.

28 octobre 2007

Tendresses Lactées de Susanne Klein

Je ne résiste pas au plaisir de vous parler du livre « Tendresses Lactées » de Susanne Klein paru aux Editions Singulières.  Il est sorti il y a quelques mois déjà mais comme on en a peu parlé dans la presse « classique » il n’est pas inutile, je crois, de faire un peu de publicité à ce bel ouvrage.

Tendresses_lactees_2Les photos de ce livre sont tirées d’une exposition réalisée par la photographe Susanne Klein à la demande de Danièle Bruguières, fondatrice de l’association montpelliéraine Horizons lactés.  Cette exposition a été montrée au cours de divers évènements dans le cadre de la Semaine Mondiale de l'Allaitement Maternel en 2006 et en 2007.   Cette exposition sera également proposée dans le cadre du Congrès annuel de La Leche League, le 17 et 18 novembre prochains à Dourdan. 

L'originalité de ce livre est de proposer, en plus de superbes photos, les témoignages très personnels des douze mamans photographiées.  Elles expriment avec leurs propres phrases leur réalité de mères allaitantes, avec leurs joies et leurs soucis… Et c’est là que ce livre m’a vraiment fait plaisir.  Plaisir car je me suis reconnue dans certains témoignages (pas dans tous bien sûr) et plaisir de voir autant de place donnée à des mots qu’on n’entend pas ailleurs.  Par exemple quand la presse parentale parle d’allaitement, il y a souvent des petits témoignages de mamans sur leur allaitement, mais ceux-ci sont souvent très courts, et n’expriment pas toute la complexité de la relation d’allaitement.

Ici, dans ce livre, comme dans un beau livre de poésie, on peut se laisser imprégner du sujet, se mettre au rythme des mamans et de leurs paroles.  C’est comme si douze de vos proches amies, ayant toutes allaité, se confiaient à vous.  Et qui a douze proches amies, et de plus, ayant toutes allaité ??!!!

Ce livre peut plaire aussi bien à celles qui ont déjà allaité (j’attends mon troisième enfant pour fin mars et ce livre m’a rappelé ce qu’allait être la joie de l’allaitement), qu’à celles qui n’ont jamais allaité --- car au contraire du discours médical habituel, il parle de la relation physique et émotionnelle que l’allaitement permet.  Et ce qui rend ce livre précieux, surtout pour celles qui démarrent, c’est que les témoignages ne sont pas édulcorés : par exemple, on y entend l’éternelle ambivalence entre la volonté de se mettre toute entière au service de son bébé et la volonté de «récupérer » son corps, etc.  Mots qui peuvent être très utiles lorsqu’on ressent la même ambivalence et qu’on peut s’en sentir coupable. 

J’ai également trouvé les photos très belles, et pleines de sens.  On sent que la photographe a passé du temps avec les jeunes femmes et leur famille et qu'une relation de confiance s'est créée.  J’aime la modernité de la lumière, des couleurs, du cadrage, des moments photographiés.  Ces photos sont pleines de sens, car, elles montrent la réalité de l’allaitement intégré à la vie de tous les jours : on allaite en lisant, en préparant le repas, on n’est pas vissée sur son canapé. On n’est pas dans une vision « madone » de l’allaitement.  Et puis on allaite des jumeaux, des bambins, des nourrissons, etc.  J’aime beaucoup la douceur pas gnangnan qui se dégage des photos…

Seul bémol, j’aurais bien aimé voir des photos « en extérieur » et pas seulement dans le cocon familial, car n’avoir que des photos en intérieur, renforce indirectement l’idée que l’allaitement est un geste intime, à ne pas faire en dehors du domicile…  L'allaitement en public,  pourrait être le sujet d'une prochaine exposition?!

Et puis mon autre (petit) regret est que ces mamans se ressemblent beaucoup -- ou peut-être  cette ressemblance est-elle induite par le style photographique.  Elles se ressemblent dans leur style, leur âge, leur couleur de peau, leur façon de se vêtir, et même la décoration des intérieurs.  On a un peu l’impression qu’elles font toutes partie d’un même cercle…. Cela est renforcé par le fait qu’on sait peu de choses sur elles (âge, région, études, métiers et origines ne sont pas mentionnés), et que du coup, peu les différencie.  En même temps, proposer une diversité ne serait pas facile dans un tel projet, et on pourrait vite tomber dans une certaine caricature : la maman BCBG, la maman Bio, la maman Intello, etc…
De ce point de vue là je trouve le texte presque plus fort que les photos car le texte peut « sonner » juste pour une plus grande diversité de mamans.

Au final, un livre que je vous recommande chaudement, et qui peut faire un très beau cadeau de naissance, original et utile, pour les mamans de votre entourage.

Pour en savoir plus, et voir un extrait des photos publiées, vous pouvez aller sur le site de la photographe Susanne Klein.

Et si vous désirez acheter ce livre sur Internet, il est disponible sur Amazon au prix de 19 euros environ.