Ah, si on m’avait dit il y a dix ans que j’allais lire cet adorable petit bouquin à ma petite fille de 3 ans et demi toujours allaitée, j'aurais bien rigolé... Tout cela pour dire qu’on sait quand on démarre un allaitement mais qu’on ne sait pas quand il se terminera.
Celles qui ont suivi le feuilleton de l’allaitement de Talia, se souviennent peut-être du billet ou j’expliquais que la chère enfant m’avait fermement annoncé qu’elle arrêterait de téter quand elle aurait trois ans.
Pleine de confiance dans la volonté sans faille de ma progéniture, j’attendais donc avec impatience (mêlée d’un peu de nostalgie) le jour de son anniversaire.
Grande discussion au petit matin :
- Joyeux anniversaire Talia, tu as maintenant trois ans !
- Oui zai troizan. [Grand sourire fier]
- Donc maintenant tu vas arrêter de téter.
- Non, en fait [elle adore dire « en fait »] ze vais téter jusqu’à DIZAN.
- Tu veux dire que tu va téter jusqu’à ce que tu aies dix ans ?
- Voui voui.
Et bien on est mal parti. J’adore l’allaitement long mais là ("dizan") ce n’est pas possible. J’ai envie d’arrêter. Et je pense que cette fois-ci, je suis déterminée, je n’ai pas d’ambivalence comme au printemps dernier (hum hum). Je suis tellement déterminée que (c’est vous dire) que j’ai fait une virée chez Princesse Tam Tam pour acheter des soutiens-gorges qui ne SOIENT PAS des soutiens-gorge d’allaitement.
Je lui ai expliqué sérieusement que je voulais arrêter. A chaque tétée (pendant qu’elle démolit joyeusement mes soutiens-gorge Princesse Tam Tam) je lui répète doucement que je veux arrêter. Elle m’a dit « Quand j’irai à l’école », donc en septembre. Bon, c’est un bon compromis, c’est mieux que "Quand j’aurais dizan". Encore faut-il s’y tenir.
Elle a récemment passé quinze jours chez ses grands-parents et a demandé à téter au retour. Là j’ai expliqué (à nouveau) que j’en avais assez des tétées, qu’elle était trop grande, qu’elle allait bientôt à l’école et qu’il fallait arrêter. Que donc nous n’allions faire que des mini-tétées, genre 5 secondes de chaque côté. Et depuis j’essaie de me faire discrète aux moments clefs (lever, couchage…)
J’ai aussi ressorti, toute contente, ce petit livre «On a volé mes tétés» , illustré si joliment par Daphné Dejay. Le bouquin IDEAL : qui parle de sevrage, qui montre un bambin, bref, je m’installe dans le canapé pour le lui lire.
Elle m’écoute très attentivement.
Le livre parle d’un bambin qui se demande où sont partis ses tétés. Il y a une confusion voulue entre l’acte de la tétée, et les seins (que le l’auteur appelle les tétés.) L’enfant les cherche et découvre que maintenant il est grand et qu’il doit croquer la vie à pleine dent…
Donc petite séance de lecture, et là je lui dis : "Et tu vois, Talia, pour nous aussi c’est pareil, les tétés sont partis." Et là, elle me regarde stupéfaite "C’est vrai, ils sont partis, je peux voir?" Et de me palper illico les seins pour voir si je n’avais pas subi dans la nuit une chirurgie radicale. Et me dire avec un grand sourire de soulagement "Meuh non, ils sont là !" En gros, elle a pris le récit du livre (les tétés qui s’envolent) au pied de la lettre !
Là où je m’inquiète un peu c’est que d’un côté le sevrage est une réalité, mais que de l’autre, elle fait soudain pipi dans sa culotte (alors qu’elle est « propre » depuis plus d’un an et que la propreté a été une étape facile pour elle.) Va savoir ce qui se passe dans sa petite tête. Je l’ai amplement rassurée sur le fait que le sevrage ne voulait pas dire que je l’aimais moins, qu’elle allait avoir plein de bisous et plein de câlins. Et quand je lui ai demandé pourquoi elle faisait pipi dans sa culotte, elle m’a répondu « Parce que ça m’amuse. » J’ai failli répondre « Et éponger les flaques de pipi dans la cuisine avec un Sopalin avant que tes sœurs glissent dessus, cela t’amuse ? » mais je me suis retenue.
Vous avez vu cela vous ? Le sevrage qui s’accompagne d’une petite régression dans d’autres domaines ?
P.S. Petit mot sur la durée de cet allaitement: avec ce témoignage, je ne cherche pas à frimer sur la durée de mon allaitement, et croyez-moi, je n’ai aucun sentiment de supériorité sur qui que ce soit à ce sujet. Je le précise car une lectrice du blog trouvait que mon allaitement long la faisait culpabiliser par rapport à l’allaitement plus court qu’elle avait vécu (comme quoi, on est tous la culpabilisante/culpabilisée de quelqu’un !)
J’ai allaité chacune de mes filles pour des durées variables, et il s’est simplement trouvé que, pour Talia, l’allaitement (super) long m’a paru la bonne approche. Parce que c’était la troisième, parce que c’était une super téteuse, parce que je bosse de la maison, pour plein de raisons, c’était facile et sans prise de tête de faire ce que je voulais (alors que je me suis tapée des crevasses à pleurer et deux mastites pour ses soeurs!)
Et je ne m’érige pas en modèle du tout. Sur l’allaitement je suis contente d’être allée jusqu’au bout de mon envie, sur (plein) d’autres sujets je suis moins contente de mon boulot de maman mais c'est comme ça. J’ai appris, parfois douloureusement, que la clef du bonheur quand on est maman c’est de ne pas se comparer aux autres. Pas toujours facile d'oublier son instinct de compétition, mais indispensable, surtout au fur et à mesure que les enfants grandissent…