Aujourd’hui extinction de voix. Cela m’est tombé dessus d’un coup et je ne pouvais pas aligner un mot en me levant ce matin. C’est une semaine chargée car nous photographions toute la collection printemps/été vendredi. On est sous pression pour tout préparer : les échantillons qui arrivent des fournisseurs des quatre coins de la planète, le choix des accessoires et des chaussures, le planning minute par minute de la journée de prise de vue. Donc pas mal de stress, et pour couronner le tout, ce matin, un entretien avec une radio anglophone sur le livre d’Elisabeth Badinter. Pas facile de disserter sur un tel sujet quand on est quasi-aphone. Du coup ce soir je ne peux plus me servir de mes cordes vocales… Et découvre avec stupéfaction que mes adorables enfants manquent pas mal d’empathie quand leur maman ne se sent pas bien.
Cher Mari, qui doit aller au garde-meuble récupérer tout le matériel pour la prise de vue (merci merci) leur a fait la leçon avant de partir : « Surtout les filles, préparez-vous pour aller dormir et préparez vos affaires pour demain toutes seules, soyez autonomes au maximum, je compte sur vous.» « Oui oui» disent-elles, sauf Petite Dernière qui elle est un peu jeune. Résultat des courses, j’ai Petite Dernière en mode 100% arapède sur son rocher (le rocher, c'est moi), Fille Ainée qui a mis trente minutes à mettre sa chemise de nuit (malgré mes injonctions mimées lui intimant de se dépêcher), et Fille Cadette qui pleure à chaudes larmes parce que « Bouuuuuhhhh, depuis que je suis venue au monde [sic] vous me lisez une histoire tous les soirs et là tu ne peuuuuuux paaaaaaaas… Et tu ne peuuuux paaaaas me chanter mes berceuuuuuuses…»
Du coup je me pose des questions sur nos principes éducatifs : d’une part, si j’ai autant besoin de ma voix pour les préparatifs du soir, c’est que mes chers enfants sont loin d’être autonomes (dixit Fille Ainée «Mais PERSONNE ne m’a dit qu’il fallait que je mette ma chemise de nuit. ») Je sens qu’il va falloir bosser là-dessus. D’autre part, je suis un peu déçue du manque d'empathie rencontrée. OK, ce n’est qu’une extinction de voix, mais j’ai un peu l’impression que ces puces me permettent d’être malade et pas en top forme pendant, on va dire, 7 minutes et pas plus. Suis-je (sommes-nous?) en train d’élever de petites égoїstes qui pensent que leur maman doit être à leur service 365 jours par an sans congé maladie ? Me serais-je faite dévorer toute crue par ma marmaille sans y avoir pris garde? Je suis pensive, et comme je ne peux pas appeler une copine au téléphone pour en parler (rapport à l’extinction de voix), c’est à vous, chères lectrices, que je pose mes questions existentielles : à partir de quel âge un enfant vous dit « Oh Maman va te reposer, je me débrouille ! » Vers 30 ans ou avant ? Et quand vous avez un coup de mou ou un petit souci de santé, comment vos enfants réagissent-ils et comment leur en parlez-vous ?
P.S. Oui, je sais pas beaucoup de rapport avec l'allaitement dans ce post (sauf pour l'arapède), mais si un bon billet sur l'allaitement est ce qui vous manque, je vous conseille de lire le billet de la Poule Pondeuse: Toutes les femmes peuvent allaiter? (bien noter le point d'interrogation, hein!), et aussi l'excellent Mère indigne? (billet qui se rapproche lui un peu plus de mon thème du jour…)


