Dans le Elle de cette semaine (daté du 20 octobre 2008), un article passionnant intitulé "La fin du féminisme ? Ces superwomen qui veulent rentrer à la maison "
Cet article m’a interpellée, car on y parle de sujet qui me sont chers : comment concilier travail, indépendance et maternité ? Quelles sont les forces et faiblesses du modèle que nous ont légué nos mères ? Comment s’inscrivent la maternité et l’allaitement dans le débat féministe ?
Je vous conseille la lecture de cet article: cliquez ici pour le lire en ligne sur le site du magazine. Un grand merci à Sybille, une lectrice du blog, qui m'a fait part de cet article.
L’article explore la question des ces femmes d’aujourd’hui qui ne veulent pas que le travail passe avant tout et privilégient leur vie privée et leur famille, et reviennent à un modèle où c’est elles qui s’occupent de leurs jeunes enfants. Les témoignages montrent des mères qui allaitent longtemps, ou pratiquent le maternage proximal, ou sont simplement des mères au foyer, disons, "classique". Le point commun étant que ces choix de se recentrer sur la maternité ont été faits au détriment d’une carrière professionnelle conventionnelle.
La question, telle que vue par les auteurs de l'article est donc «Est-ce que quitter son emploi pour s’occuper de ses jeunes enfants est un retour en arrière par rapport aux avancées féministes des années 70 ou non ?»
Pour les mamans interviewées dans l’article, la réponse est clairement non : l’une estime par exemple que son désir de s'occuper exclusivement de ses enfants pendant leurs jeunes années et ses allaitements longs correspondent à sa volonté de vivre son «féminisme biologique.» Flore Marquis-Didier (présidente de La Leche League) explique « Les femmes sont en train de se réapproprier la maternité. Revendiquer ses droits sur un modèle masculin comme pendant les années 70, c’est fini. Aujourd’hui, les femmes veulent des acquis féministes mais veulent encore plus. Elles luttent maintenant en cohérence avec leurs envies profondes » et elle insiste « … ces jeunes femmes se réapproprient leur féminité pour être plus heureuses que leur mères. Elles ne nient pas les acquis du passé et elles sont en colère contre le modèle masculin dominant. Elles n’ont pas envie d’être des hommes comme les autres ! Elles veulent que la société les accepte avec leurs désirs spécifiques. En leur permettant par exemple d’avoir des rythmes et des cycles de vie différents. »
Pour la sociologue et écrivain(e) Elisabeth Badinter (dont l'interview est retranscrit dans la version papier de l'article, mais pas en ligne), la réponse est clairement oui : « Aujourd’hui on est en train de revenir la biologie comme source irréductible de la différence des sexes. On va se ré-enfermer dans le modèle oppressif de la maternité. Cela m’inquiète énormément. On est en pleine régression », et dans une autre partie de l’entretien : « Le discours sur la protection de la nature est devenu un morale. Au nom du retour à la nature, on rêve d’accoucher à domicile, on hurle à la vue des couches jetables. C’est une morale qui fait de vous une mauvaise mère en fonction de vos choix de vie. Cela pèse assez fort sur un certain nombre de comportements, comme le retour de l’allaitement : toute femme qui accouche dans une maternité publique fait face à une pression stupéfiante pour allaiter » [passionnant ici de voir que pour elle l’allaitement est une régression biologique, c’est vraiment le summum de l’ironie, non ?]
Voici le débat posé :
Pour les mères interviewées dans l’article qui veulent vivre à fond leur maternité, échapper au modèle dominant du travail à l’extérieur est une libération (et tant pis si cela implique qu’un homme, mari ou compagnon, subvienne à leurs besoins financiers). Pour les féministes traditionnelles françaises, cette approche est vue comme un repli, une régression. Sur un même comportement, deux lectures très différentes…
Finalement, l’intervenant de l’article qui m’a paru le mieux capturer la réalité des choses est Isabelles Freyssinges, présidente de l’association Femmes actives et Foyer… « On dit que le travail est la condition de l’émancipation des femmes. Mais certaines le paient très cher. L’emploi féminin est souvent peu payé, avec des horaires contraints, des temps partiels, etc. Personne ne dit qu’il faut rester toute sa vie à la maison ! Il s’agit surtout de certaines périodes de la vie où les femmes devraient pouvoir choisir de s’investir dans leur famille, et cela sans être pénalisées au moment de la retraite par exemple, plutôt que de s’épuiser à tout concilier.»
Oui, c’est vrai au fond : s'il était possible de concilier plus facilement vie de famille et travail (avec des congés de maternité plus longs et mieux rémunérés, des temps partiels qui ne soient pas des voies de garage, etc.) est-ce que moins de femmes seraient tentées par un "retour" à la maison ?
La grande difficulté est économique : la tentation d'une focalisation, même ponctuelle, sur le foyer et les enfants est tout de même une tentation de « riche » non? En tout cas ce n’est une possibilité valide que pour celles qui ont un compagnon ou mari présent, et qui a un emploi correct. Combien de femmes n’ont pas ce choix du tout ? D’une certaine manière cette article pose un débat qui n’est accessible qu’à certaines femmes, celles qui ont vraiment le choix d'exercer un emploi ou de ne pas exercer un emploi, ou bien celles qui peuvent aménager cet emploi en fonction de leurs priorités (travailler de chez soi par exemple.)
Et pour ces femmes qui ont la chance d’avoir vraiment le choix , le véritable féminisme n’est-il pas là, dans le simple fait que c’est elles, individuellement, en tant que femmes, qui prennent cette décision ? Finalement, la vraie oppression vient de l’extérieur : si on choisit sciemment, en toute liberté, son projet de vie, et que ce projet est centré sur la maternité, où est la régression et l’oppression ?
Sur ce sujet allaitement/maternité/féminisme, je vous conseille l’excellent article de Claude Didierjean-Jouveau « L’allaitement est-il compatible avec le féminisme ? », publié dans la revue Spirale. Cet article met bien en lumière les raisons historiques et culturelles qui ont poussé le courant féministe français à voir la maternité (et l'allaitement!) comme anti-féministe, au contraire des courants féministes d’autres pays (en particulier les pays nordiques) où les féministes se sont , pendant les années 70, réapproprié la maternité, leur manière de vivre leur maternité. Passionnant.
Et vous, avez-vous lu cet article? Qu’en avez-vous pensé ? Comment vivez-vous votre allaitement et votre maternité dans le contexte de ce débat?

merci pour l'article de Claude didierjean jouveau, je crois que je ferai un billet dessus.
tu oublies de parler des papas non ?
Rédigé par : olympe | 25 octobre 2008 à 22:59
Oui c’est vrai, j’aurais dû mentionner que l’article parlait très peu des pères. Comme si la question de l’éducation des enfants, et la question de quitter son emploi pour s’en occuper, était purement une question féminine. J’aurais dû réagir là-dessus, surtout que j’ai la chance que le père de mes enfants soit partie prenante dans leur éducation au quotidien et ce dès le départ : il a été père au foyer pendant quatre ans pendant que je poursuivais une carrière professionnelle exigeante en termes de voyages et d’horaires --- et cette inversion des rôles classiques nous a beaucoup apportés – y compris et surtout dans la relation qu’il a avec ses enfants. Et quand on se pose la question de qui doit s’occuper des enfants en incluant le père comme candidat potentiel, on élargit vraiment le champ du possible…. Merci pour le rappel!
Rédigé par : Segolene | 26 octobre 2008 à 19:58
J'ai été ravie de voir la photo de Charlotte, son bambin au sein. En revanche, la journaliste doit avoir un peu du mal à réaliser que des grands tètent encore... Du coup, mon fils de 3 ans et demi est présenté comme ayant "bientôt 3 ans" et elle me cite dire "Je l’ai allaité longtemps". Je n'ai bien sûr pas parlé au passé, puisqu'il est toujours allaité ! Comme quoi, en relisant ses notes, elle a dû corriger, probablement sans même le réaliser !...
Rédigé par : Stéphanie | 27 octobre 2008 à 20:48
Personnellement, j'ai été un peu déçue de l'article paru dans ELLE (que je n'ai lu que sur Internet néanmoins, et donc pas dans sa totalité), et encore plus déçue par certains commentaires en ligne sur le site d'ELLE en réaction à cet article...
Au contraire, je trouve votre analyse beaucoup plus juste.
J'ai eu trois enfants, et je continue à travailler, mais moins qu'avant : je ne travaille plus le mercredi, et je travaille le reste de la semaine avec des horaires aménagés (9h30-17h) qui sont soi-disant incompatibles avec ma profession (Avocat). Et pourtant, j'y arrive !
D'ailleurs de plus en plus de consœurs (et de confrères !)partagent le même sentiment.
Le progrès social, c'est de pouvoir prendre le temps pour ses enfants (ou pour vivre tout simplement), sans devoir se sacrifier pour son travail, que l'on soit la mère ou le père d'ailleurs.
Désolée pour Elisabeth Badinter, mais je crois qu'on peut être féministe et allaiter et / ou mettre des couches lavables aux enfants... Ses propos m'apparaissent profondément rétrogrades en tout cas.
Rédigé par : Stéphanie | 28 octobre 2008 à 14:13
C'est un sujet qui passionne et fait polémique. Il n'y a qu'à voir le post qu'en a fait Caroline du blog Pensées d'une ronde et les presque 200 commentaires faits sur le sujet (http://penseesderonde.mabulle.com/index.php/2008/10/27/162594-le-grand-cri-du-lundi-ouiiiiiiiiiiii).
Contrairement à votre vision plus tempérée, c'est la levée de bouclier sur son blog où la plupart ont trouvé l'article caricatural et se sont senties limite insultées. Certes les femmes citées dans les encarts se situaient plus dans les extrêmes.
J'ai bcp aimé votre façon de résumer les enjeux autour de cet article : le choix économique pas accessible à toutes, l'équilibre du couple, le rôle du père, la vie professionnelle etc.
Rédigé par : Anne-Laure | 28 octobre 2008 à 14:40
un petit commentaire pour simplement faire remarquer que les propos d'E. Badinter me paraissent malheureusement sans grande emprise sur la réalité du moment. En particulier pour avoir accouché en hôpital public, il me paraît évident qu'il n'y a pas de systématisme pour favoriser l'allaitement et / ou l'encourager ! Même si je suis d'accord qu'une certaine tendance de la société tant à revaloriser ce choix là, ce propos est très loin de la réalité.
En complément : on parle beaucoup de la femme et du féminisme, en particulier quand il s'agit de faire des choix de maternage au sens large (allaitement, proximité et disponibilité...). On parle peu du bien être de l'enfant et encore moins de la relation mère-enfant. Je trouve ça incroyablement incohérent et contre productif de vouloir dissocier l'ensemble : dès lors qu'on est mère, on doit concilier tous ces aspects, et il me paraît impossible de vouloir parler de la femme-mère sans inclure l'enfant, en particulier le tout-petit. Pourquoi exclure cette composante, certes gênante pour les féministes traditionnelles, alors que des études (et même pour moi le simple bon sens) ont montré que pour l'enfant cet aspect est crucial ? Et pour la mère aussi ! combien de femmes de la génération de nos mères ont mal vécu cette obligation de devenir des super-women au détriment de leurs sentiments et de leurs choix ? La "libération" de la femme doit-elle se faire à tout prix et au détriment du bien être de l'enfant et de sa relation avec ses parents ?
Evidemment la réponse n'est pas simple et il ne s'agit pas de renvoyer toutes les mères à la maison mais plutôt effectivement de laisser le choix, en connaissance de cause, plutôt que d'imposer un schéma dans un sens ou dans l'autre.
Rédigé par : AnSo | 28 octobre 2008 à 18:31
Curieux de voir comme la société - ou le magazine ELLE, c'est à voir - n'a toujours qu'une vision dichotomique des choses. Être une bonne ou une mauvaise mère, là est la question.
Ma mère en son temps n'a pas brulé son soutien-gorge, elle a voulu interrompre sa carrière, et travailler à la maison à un emploi qui n'était pas le sien, mais qui lui offrait la liberté d'être à l'heure à la sortie de l'école et de nous emmener à la danse ou à la piscine le mercredi. A l'adolescence, elle a mal vécu l'admiration que nous avions pour les autres mères, toujours tirées à 4 épingles, et pas toujours sur le dos de leur progéniture. A l'age de la fac, elle a réalisé qu'il était bien trop tard pour reprendre un travail à l'extérieur.
Je travaille, mais à 80%. Je n'ai certainement pas exploité toutes les possibilités de carrière qui m'étaient offertes parce que je trouve un équilibre qui me convient là où je suis. Il y a des matins où j'envie la nounou de mes enfants de passer la journée avec eux, et d'autres où je les lui laisse avec bonheur parce que j'existe ailleurs que dans ma cuisine. Je ne suis pas souvent à la sortie de l'école. Il y a certainement des jours où je suis une meilleure mère que d'autres... J'ai allaité tant que j'y ai pris du plaisir, même si le tire-lait électrique au travail n'est pas vraiment un moment de détente. Les couches lavables, c'est trop pour moi ! J'ai souvent envie d'un resto ou d'un soin chez l'esthéticienne, mais pas toujours envie de laisser mes enfants à la baby-sitter. J'adore les avoir avec moi, mais quand même pour faire les boutiques, c'est pas simple. Je surfe sur internet au lieu de me consacrer à la confection de bons petits plats pour ce soir, à moins que...
L'ambivalence est de ce monde !
Rédigé par : Anne-Laure | 28 octobre 2008 à 18:52
Merci Ségolène pour le passionnant article de Claude Didierjean-Jouveau et pour votre synthèse de l’article de ELLE ! J’ai pour ma part été très gênée par le fait que les deux journalistes (des femmes) qui ont rédigé ce dernier étaient assez ouvertement atterrées par le comportement « anti-féministe » de ces femmes, sans parler de l’ « analyse » de Mme Badinter pour laquelle l’émancipation des femmes semble leur avoir ôté leur condition de mammifère (comment le dire autrement ?) ! Heureusement que l’on n’oublie pas la « biologie » comme elle dit (la nature, pour parler simplement), que, homme ou femme, la « modernisation » ne nous a pas transformé en robots et qu’il nous reste une part d’instinct, à mon avis indispensable à l’épanouissement personnel de chacun.
Je suis cadre de direction et j’ose (!) m’absenter 8 mois de mon poste pour m’occuper de mon petit garçon (j’ai d’ailleurs clairement annoncé à mon pdg et à mes collègues mon projet d’allaitement long) : à ce stade de l’énoncé des faits, je personnifie la « fin du féminisme » ?! Sauf que par la suite c’est mon mari qui va poser plus d’un an de congé parental : j’y vois surtout la fin du machisme et une fantastique et intelligente répartition des rôles !
Seulement voilà : dans le magazine ELLE daté de cette semaine, une lectrice réagit à cet article (et c’est ce courrier et non un autre qui a été retenu, sans commentaire) : elle est « profondément choquée et même épouvantée. Comment ces femmes peuvent-elles revendiquer le fait d’allaiter le plus longtemps possible leur enfant (…) Ces femmes qui refusent (…) d’arrêter de l’allaiter l’empêchent tout simplement de grandir… c’est-à-dire de devenir un individu qui ne soit plus dépendant d’elles. Je trouve qu’il y a beaucoup d’égoïsme, d’immaturité et d’irresponsabilité dans leur comportement et, malheureusement, ce sont leurs enfants qui en pâtiront ».
Au-delà du débat sur le féminisme se profile celui sur les bienfaits de l’allaitement (et du maternage au sens large) pour nos enfants…
Commençons peut-être par nous manifester à notre tour au courrier des lectrices de ELLE ?
Rédigé par : Sibylle | 28 octobre 2008 à 19:21
J'ai lu l'article paru dans Elle, ainsi que la soit disant analyse de Mme Badinter. J'ai été choquée par l'article et ses propos, j'aurais bien voulu l'avoir en face de moi pour lui dire ce que je pensais, et je me suis même demandé si elle avait eu des enfants...
J'allaite mon fils d'un an, je me suis mise aux couches lavables depuis 3 mois, je le porte en écharpe depuis sa naissance (sans pour autant renier ma poussette), je n'ai pas donné de petits pots à mes enfants, sans pour autant passer ma vie coincée entre l'évier et la machine à laver. Et si j'ai repris le travail partiellement, c'est un choix volontaire et réfléchi, je veux voir grandir mes enfants.
Je ne pense pas que Mme Badinter soit bien placée pour donner son opinion (car ce n'est qu'une opinion, en rien une analyse), et je la trouve particulièrement rétrograde d'avoir une conception si manichéenne de la vie d'une femme d'aujourd'hui. C'est elle qui est en retard d'une génération, les préoccupations des femmes du XXIème ne sont pas forcément les mêmes qu'il y a 30 ou 40 ans.
Sans parler du fait qu'elle ne sait peut-être pas à quel point cela aide à construire des individus épanouis que de s'occuper soi-même et de manière aussi proche que possible de ses enfants.
Rédigé par : Johanna | 28 octobre 2008 à 21:13
Place aux papas!
Je crois qu'il faut remettre le travail à sa place par rapport à la famille, que ce soit pour les femmes ou pour les hommes : travailler moins et s'occuper plus de la famille, tous les deux. D'accord c'est nous qui vivons le plus "biologiquement" l'expérience de la maternité mais exiger d'avoir un congé maternité ultralong ou de vivre au foyer revient à demander aux hommes de prolonger une expérience qu'ils ont le droit de vivre aussi ? n'est-ce pas l'intérêt de l'enfant de voir ses deux parents s'occuper de lui ?
Beaucoup de positions dans l'article me choquent : je trouve que le fait que certaines assimilent tout de suite la parentalité à la maternité en dit long... j'ai de la sympathie pour les féministes car le combat semble loin d'être gagné : regardez les catalogues de jouets, l'orientation scolaire ; j'ai l'impression qu'il ne progresse plus quand je vois le succès des livres pseudoscientifiques expliquant une soi-disant différence de cerveau. Je crois qu'il faut être vigilant : si le congé maternité est trop long, il n'y aura pas de possibilité de garde, un recul de carrière et une pression sur les mamans ; vive un congé parental mieux partagé.
Je n'ai pas lu l'article complet de Elle mais il me semble qu'E. Badinter se trompe un peu de débat sur l'allaitement : j'aime beaucoup la citation d'une féministe de l'autre article « Le lait de sa mère auquel il [l’enfant] a droit. » Pour avoir allaité 2 fois (7 et 5 mois) je ne vois pas en quoi ce serait plus asservissant que le biberon. En effet, l'hôpital (public) faisait pression de la façon la plus naturelle : le personnel ne parlait pas de biberons ; pourquoi en parlerait-il puisque ce n'est pas naturel et c'est moins bien ? (dans la revue de la caf ils en parlent malheureusement.) En revanche, je suis un peu effrayée par certains blogs de maternage que je lis : dès la conception, à fond sur l'accouchement sans péridurale, les couches lavages, le portage, le cododo, l'allaitement long ; comment rester disponible pour son enfant s'il devient un "projet", bénéficiant de tout ce qu'il y a de "mieux" pour un enfant-type ? quelle pression pour les mamans et sur les enfants !
Rédigé par : soffie | 28 octobre 2008 à 22:39
L'article m'a agacée, et le courrier des lectrices de cette semaine (voir le message de Sybille plus haut) encore plus.
Personnellement j'ai trouvé le point de vue de l'article assez simpliste, et pourtant les témoignages ne l'étaient pas. Comme mentionné par Ségolène, il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit pas de n'importe quelles mères, mais de mères qui sont diplomées, bien insérées dans le monde du travail et qui reviennent temporairement au foyer. C'est 1) loin d'être le cas de toutes les mères 2) très éloigné de la situation de nos grands mères
De plus pas de mention effectivement de l'investissement des pères.
Il semblerait que Mme Badinter ait des difficultés à admettre que la nouvelle génération de femmes prenne ses distances avec le moèdle proposé par la génération précédente, tout comme la génération précédente l'avait fait avec celle d'avant.
Personnellement je me considère comme très féministe et pourtant j'allaite, et ma fille porte des couches lavables... mais c'est la plupart du temps son père qui les mets dans la machine à laver : où est la régression pour moi ? ;-)
Rédigé par : Prune | 28 octobre 2008 à 22:50
Merci pour ces articles très intéressants, qui m'ont beaucoup fait réfléchir à ma propre situation : je me considère moi-même comme féministe, exerçant un métier "moderne", exigeant et essentiellement masculin (conseil en systèmes d'information), où il faut être constamment vigilante pour s'imposer et rester crédible. Ce métier est très important dans ma construction personnelle et sociale.
Pourtant, quand a sonné l'heure du premier enfant, rien ne m'a paru plus évident que de m'arrêter au-delà du congé mat' pour pouvoir m'occuper pleinement de lui, sans stress, et notamment l'allaiter assez longtemps (j'en suis à 4 mois, je voudrais "tenir" jusqu'à 7, 8, 9...). Cela a été un véritable choix de couple : mon arrêt nous fait perdre plus de la moitié de nos revenus, mais mon compagnon, formidable, a trouvé cela aussi naturel que moi ; nous avons économisé ce que nous avons pu et je profite même de cette pause pour chercher un autre poste, sans déplacements, toujours pour le bien de notre enfant. Cela dit, je suis bien consciente du coup qu'il s'agit là effectivement d'un choix de "riches" car nous avons pu nous permettre d'économiser pour que je reste quelques mois à la maison.
Au boulot, les gens (essentiellement des hommes) ont été assez surpris, plutôt désagréablement ; mais quand on sait ce qu'on veut... Maintenant je fais des envieux, et même des émules : une collègue enceinte de son 2e a décrété que cette fois-ci, elle ferait pareil !
De même, j'allaite mon fils un peu partout et notamment chez les amis, qui nous posent beaucoup de questions ; voilà pour moi un militantisme sain et efficace : je suis à moi toute seule ainsi qu'avec mon compagnon la preuve que tout cela est compatible - working girl, maman aimante, amoureuse transie.
J'ai des origines suédoises, cela explique peut-être certaines choses...
Et j'en suis ravie !
Rédigé par : Ingrid | 28 octobre 2008 à 23:54
Je voudrais réagir à ce qu'a écrit Soffie: c'est vrai que sur certains blogs, on a l'impression que c'est un peu un concours de méthodes plus naturelles les unes que les autres, mais tout le monde ne fonctionne pas forcément de cette manière (les méthodes de contraception dites naturelles me font plutôt peur quant aux risques potentiels...).
J'ai pris conscience pour mon deuxième enfant qu'on nous imposait implicitement et insidieusement trop de choix, souvent bien artificiels, mais ça ne m'empêche pas d'utiliser les avancées de la science (comme la péridurale, mais c'est moi qui ai choisi le moment de la faire poser; je ne lave pas mes couches à la main et je cuisine les "petits pots" au babycook).
Certains choix comme l'allaitement prolongé, le portage en écharpe ou autre ne sont pas forcément du militantisme (ou alors passif), ce sont simplement des choix presque "intuitifs", en ce qui me concerne: après avoir essayé plusieurs méthodes, j'ai trouvé celle qui me convenait dans chaque domaine.
Je pense qu'on doit pouvoir trouver un juste milieu entre méthodes naturelles et modernité.
Rédigé par : Johanna | 29 octobre 2008 à 08:52
Merci pour ces passiionnantes references!
Cela me touche particulièrement car je suis confrontée à ce problème: allaiter et vie sociale.
Si pour moi ce n'est pas un problème (allaiter en public, ne pas boire d'alcool, éviter certains aliments) c'en est un pour les autres! Si certains impératifs sont acceptés de la part d'une femme enceinte, rien n'est toléré sous pretexte d'allaitement, comme si cela n'existait pas comme "statut" social et pourtant biologiquement ça existe....mais c'est absent de la vie sociale et c'est bien, selon moi, dramatique car on en devient des marginaux revendicatifs, et je passe mon temps à me justifier sur un "choix" (mais c'est une necessité biol;ogique en réalité) qui est mal vu, puisque ce qui est socialement admis c'est que le biberon c'est plus facile (ce dont je ne suis pas convaincue)
Toute les mères allaitantes ont eu à subir des commentaires négatifs (des positifs aussi heureusement) et ce justifier sur une norme biologique c'est quand même le comble!
Rédigé par : Deybach | 29 octobre 2008 à 10:05
pour répondre à Johanna, je me retrouve dans ce que tu écris, moi aussi j'ai choisi entre modernité et mode ce qui nous convenait le mieux, à nous : écharpe, babycook, berceau à côté, mais allaitement moyen, péridurale (j'ai testé sans). J'ai hésité avant de parler de ce que j'avais lu puisque je ne voulais en mettre la référence et que donc je ne peux pas être très claire ; ce que je voulais dire c'est que je sais que particulièrement pour le 1er l'angoisse de ne pas être une bonne mère nous empêche souvent de remettre les choses à leur place et nous incite déjà à faire/à acheter quantité de trucs, je ne voudrais pas que ça devienne une mode et par là une pression de la société.
Rédigé par : soffie | 29 octobre 2008 à 21:12
J'ai lu cet article, et j'ai bondi en lisant E. Badinter : j'allaite mon fils de 26 mois et pourtant je travaille, j'ai une vie sociale intéressante, je confie volontiers mon fils à ses grands-parents pour deux/trois jours, je suis féminine et aussi féministe et je suis loin d'un retour en arrière.
Mais là où j'ai vraiment été en, colère, c'est lorsque que Badinter va jusqu'à affirmer que tout comme l'allaitement ; le retour des couches lavables et la protection de la nature sont des régressions...
Il serait temps que cette dame se penche sur notre époque et oublie un peu ses chers seventies...
La semaine suivante, en outre, une lectrice a réagi à cet article en qualifiant les mères interrogées de puériles et voulant empêcher leur enfant de grandir.
Je suis un peu fâchée avec ELLE, du coup ;-)
Rédigé par : Sabine | 30 octobre 2008 à 20:21
Ah, j'ai lu cet article sur le net ainsi que les commentaires des lectrices et j'ai souvent bondi.
Premièrement, si on suit le sens de l'article, on doit nier notre rôle de mère, on ne doit pas trop s'occuper du bébé et ne pas le nourrir au sein, bref, on doit s'en détacher afin de poursuivre la conquête de l'égalité complète avec l'homme.
Même si ce n'est pas dit, on peut penser que certaines attendent avec impatience l'avénement de l'utérus artificiel.
Deuxièmement, on sent la volonté de dictature, les femmes doivent faire comme ça parce que sinon, c'est s'aplatir devant les hommes, marcher sur les accquis des grands-mères et devenir des boulets assistés pour la société.
Cela se sent non seulement dans l'article, mais surtout dans certains commentaires de lectrices qui traînent les mères au foyer dans la boue, les propos sont parfois terriblement insultants.
Bref, la vision du féminisne de Elle est au moins aussi ridée que Elisabeth Badinter (tiens, elle s'abbaise à porter le nom de son mari et en plus, c'est pas féministe ça...).
Je sais, c'est méchant, mais pas plus que les propos durs que cette dernière a pour les mamans maternantes.
Je pense que le féminisme est allé au bout de la limite, là, il faut choisir.
Soit on se fait toutes enlever les seins, couper les cheveux pour devenir comme les hommes physiquement, soit on devient des Catherine Millet en puissance avec la vie de débauche qui va avec, soit on accepte notre statut de femme et on remplit notre devoir de mère notamment en aidant nos enfants à débuter dans la vie.
Les femmes au foyer ne sont pas des dingues, elles font un choix.
La famille aura moins d'aisance financière, il y aura une pause dans leur carrière, mais elles l'ont voulu, aidée notamment par des dispositions comme le congé parental.
Et puis, n'oublions pas les papas, ils s'investissent aussi de plus en plus dans l'éducation des enfants, mais c'est qu'au début, ils sont surtout là pour soutenir la maman.
Mais après, pourquoi ne feraient-ils pas aussi des pauses carrières ???
Quoique je vois les "masculinistes" sortir de leur trou et dire que ce n'est pas viril, et les féministes se rebiffer et finirent par se plaindre qu'on leur pique un "boulot" dont pourtant elles ne veulent pas...
En conclusion, ce que j'ai le plus détesté dans cet article de Elle, c'est vraiment ce manichéisme entre la femme qui travaille et laisse son bébé à la crèche qui est productive et vraiment femme, et la fainéane au foyer perdue pour la société.
Un peu de tolérance serait bienvenue !
Rédigé par : irina | 31 octobre 2008 à 11:30
Eh oui, le luxe des femmes c'est de pouvoir choisir justement ! exit le modèle unique de femme ! pause "maman au foyer" pour materner son bébé ou carriériste ou wonder-woman qui veut concilier les 2, chacune a son projet de vie et pour moi, le luxe c'est de pouvoir s'accomplir comme on le VEUT et non pas comme nous l'impose l'air du temps.
Rédigé par : Aurélie | 31 octobre 2008 à 21:09
Comme vous les soulignez mesdames les hommes aussi devraient etre pris en compte et combien d'entre nous ont un hommme qui envie parfois nos grossesse allaitement ou autre bonheur d'etre femme.
Le luxe je suis d'accord et de pouvoir choisir et de trouver ce qui convient à chacun chacune.
Ce que nous avons aucun homme ne peut l'avoir je suis loin de me sentir inférieure en quoi que ce soit et je sais que c'est grace au mouvement féministe mais ne jetons pas à la poubelle notre féminité, notre coté maman c'est tellement bon d'etre maman!
Rédigé par : Virginie | 31 octobre 2008 à 21:29
Merci pour tous ces commentaires si approfondis et personnels. Apparemment l’article de Elle a fait des émules et M6 prépare maintenant une émission sur les « nouvelles » mères au foyer (les cadres supérieurs qui laissent tomber leur job à responsabilité pour s’occuper de leurs enfants.) J’espère qu’on ne va pas assister à un torrent d’article et d’émissions sur ce thème car le sexisme et la caricature guettent ce genre de sujets…
Rédigé par : Segolene | 18 novembre 2008 à 12:16
Bonjour,
Moi qui m'estime féministe dans l'âme je prône le retour à nos instincts de mammifères quand on devient parent.
Quand on est mère, il se peut que l'on souhaite plus de temps pour ses enfants et ce n'est pas 3 mois après la naissance que l'on peut quitter un petit sans souffrir.
A chacune de voir et ressentir dans son corps et sa tête l'importance de la maternité, de la proximité, de l'allaitement.
Mon 2eme enfant a maintenant un an et je l'allaite encore. Ce n'est pas une performance ni une fierté, juste un lien très fort qui nous unit.
J'ai décidé de m'arreter trois ans pour etre plus proche de lui, mieux respecter ses rythmes et ne pas lui faire subir le srtess d'une mere surmenee au bord de la crise de nerfs à peine rentree du boulot!
Le premier n'a pas connu le même traitement, je le regrette.
L'argument financier me fait bien rire, être mere au foyer ne signifie pas être nantie, je me prive de tout sauf de l'essentiel: le temps de vivre en présence de mes enfants.
N'oublions tout de même pas qu'en France la Caf aide quiconque en a besoin à partir du momemt où l'on a des enfants. Alors certes on ne roule pas sur l'or avec les allocs mais faudrait pas non plus se plaindre.
:-)
Rédigé par : clementine | 18 novembre 2008 à 17:54
Merci pour ces mots si justes. Je suis bien d'accord qu'être mère au foyer ne signifie pas être nantie, au contraire, la perte d’un salaire impose des sacrifices financiers (mais s’accompagne d’autres avantages inestimables). Je voulais simplement dire, lorsque je parlais d’un problème de « riches », que pour celles qui ont un conjoint avec un boulot de cadre ou autre poste avec une rémunération correcte, être femme au foyer est un choix plus facile financièrement --- c'est plus difficile, voire impossible, pour celle dont le conjoint ou compagnon est au SMIC !
Rédigé par : Segolene | 18 novembre 2008 à 18:34
Bonjour, comme Sybille le soulignait ce sont les commentaires qui ont suivi la parution de l'article et notamment le courrier de lectrice publié la semaine suivante qui m'ont horripilée !! D'autant plus que cela faisait résonance avec la "pression" que mon entourage me fait subir quand il est question de l'allaitement de Noémie, ma petite dernière qui a 23 mois. La lectrice en question objecte qu'en allaitant de façon prolongée on empêcherait l'enfant de grandir ; c'est exactement la position du personnel de la crèche dans laquelle Noémie est gardée depuis que j'ai... repris le travail (à mi-temps) ! Les regards sont choqués ou navrés, les observations se font de plus en plus insistantes : comme Noémie réclame une tétée-câlin lors de nos retrouvailles du soir, je cède bien volontiers ; j'ai d'abord allaité ouvertement, pensant trouver dans le personnel de la crèche une neutralité bienveillante... puis plus discrètement, derrière un pilier... Mais voilà que la directrice est intervenue pour me reléguer... dans un cagibi au fond d'un couloir ! Pas un seul des autres enfants de la crèche n'est allaité, même pas les tout petits bébés. J'ai allaité ma deuxième fille un peu plus de 2 ans, et j'avais justement cédé à la pression (bien plus soft pourtant) de la crèche (une autre) et d'autres personnes pour la sevrer... avant de le regretter ! Pour mon dernier bébé, je l'avais décidé avant même de la concevoir : pas question de me laisser influencer, nous irons jusqu'au bout de ses besoins (mais comme c'est difficile !).
Rédigé par : Sophie | 21 novembre 2008 à 02:20